La (sur) pêche, des chiffres hallucinants et méconnus

Entre 31 700 et 79 270 poissons sont tués par seconde, vous l’aurez compris, aujourd’hui nous allons parler de la pêche.

Quand je vous dis ça, vous avez sûrement l’image calme et paisible du pêcheur qui a fixé ses cannes à pêche sur le sol, en attendant que ça mordre. Quelqu’un de passionné et proche de la nature qui vient presque plus pour profiter du cadre que pour attraper un poisson.

La pêche, celle qui vous nourrit et qui remplit les étales des supermarchés, ce n’est pas du tout (mais alors pas du tout) cela.

Commençons par le commencement, les chiffres de la pêche et la réalité qui se cache derrière.

Les chiffres de la pêche

D’après le rapport de la FAO (Organisation mondiale des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) intitulé La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture datant de 2020,

96.4 millions de tonnes de poissons ont été pêchées en 2018, soit entre 1 000 milliards et 2 500 milliards de poissons, tués par décompression et suffocation. Ce qui m’a choqué lors de l’étude des chiffres, c’est que les calculs sont faits en tonnes et non pas en nombre d’individus, ce qui montre une volonté d’occulter le vivant.

Ce ne sont que les chiffres officiels, qui ne prennent pas en compte :

  • les poissons capturés illégalement,
  • les poissons capturés accidentellement et jetés,
  • les poissons morts après s’être échappés des filets,
  • « la pêche fantôme » par des engins de pêche perdus ou abandonnés,
  • les poissons capturés comme appâts pour l’usage personnel des pêcheurs mais non enregistrés,
  • les poissons capturés pour servir de nourriture, entiers ou en morceaux, dans les élevages piscicoles ou de crevettes, mais non enregistrés,
  • toutes autres captures non enregistrées ou non déclarées. (source : cahier anti-spécistes)

Planetoscope estime que 7,3 millions de tonnes de poissons ont été rejetées à la mer, la WWF elle estimait en 2009 38.5 millions de tonnes. Il faut ajouter à cela entre 13 et 28 millions de tonnes qui sont pêchées de manière illégale ou non déclarée. Soit presque 1/3 de la pêche légale dans le monde.

La revue Science a exploité des données satellites et en a conclu que minimum 55% de la surface des océans dans le monde était ratissée à cause la pêche. La couverture satellite mondiale n’étant pas parfaite, on estime que la réalité est plutôt autour des 73%.

Répondre à la demande des consommateurs

Les raisons de ces chiffres hallucinants sont simples : la loi de l’offre et de la demande.

On note une croissance de 5.4% du nombre de poissons pêchés par rapport à la moyenne des trois années précédentes. En effet, en 2018, la consommation de poisson est estimée à 20.5kg par habitant et par an.

Les pays les plus friands de pêche de masse sont respectivement :

  1. La Chine,
  2. L’Indonésie,
  3. Le Pérou,
  4. L’Inde,
  5. La Russie,
  6. Les États-Unis
  7. Le Viet Nam

Ils représentent à eux 7, 50% de la pêche de capture dans le monde.

Définition pêche de capture : Prélèvement de ressources vivantes présentes naturellement tant dans des environnements marins que d’eau douce. (source : Green Facts) Elle s’oppose donc à l’élevage.

Toujours d’après la FAO, 82% des navires de pêche mesurent moins de 12 mètres, 67 800 navires mesurent plus de 24m mais ce sont eux qui approvisionnent nos étals. (source : FAO)

En Chine un ancien pétrolier nommé Lafayette mesure 229m et compte 300 employés à son bord.. (source : Comment j’ai arrêté de manger des animaux – Hugo Clément)

En gros, 1% des navires pêchent 50% du poisson mondial. L’image trop largement véhiculée par nos industriels, du petit pêcheur qui brave vents et marées pour ramener quelques dizaines de poissons, est complètement fausse.

D’ailleurs, la FAO alerte les consommateurs concernant la pêche intensive qui ne permet pas un renouvellement de la biomasse. Elle met en garde contre des mesures politiques et réglementaires insuffisantes.

Les techniques de pêche

Passons les histoires de pêche à la dynamite, au cyanure ou encore électrique. Si ces techniques existent toujours, elles sont marginales et vouées à disparaître car interdites. Je vais rester très factuelle et vous délivrer du contenu pour mieux comprendre la cruauté des techniques de pêche.

Pêche à la palangre : La pêche à la palangre est une technique dite dormante car une fois installée, les pêcheurs n’ont plus qu’à attendre que le poisson soit appâté. Suivant les espèces recherchées, la palangre peut être calée à différentes profondeurs: palangre de fond ou à proximité du fond (démersale), en pleine eau (pélagique) ou mixte. Sa longueur totale peut varier de quelques dizaines de mètres à plusieurs kilomètres, et le nombre d’hameçons peut atteindre plusieurs milliers. Autant dire que n’importe quel animal marin peut tomber dans le panneau..

Par exemple : une palangre à espadon capture également plusieurs espèces de thon et de requins.
Selon les mers fréquentées, des tortures peuvent mordre aux hameçons. Dans certaines conditions, les palangres de fond peuvent prendre des oiseaux marins, attirés par les appâts lors de la mise à l’eau de la palangre.

Les filets maillants : Les filets maillants sont constitués d’une nappe rectangulaire déployée verticalement dans l’eau. Lorsque le filet reste sur le fond, on parle de filet calé. Celui-ci est mis à l’eau depuis le navire en plusieurs sections de quelques kilomètres. La longueur totale peut atteindre cinquante kilomètres.

Lorsque le filet est positionné à proximité de la surface, on parle de filet dérivant. Mis bout à bout, les filets peuvent atteindre plusieurs dizaines de kilomètres. Cette méthode est dite passive, ce sont les poissons qui viennent se prendre dans les filets.

Les filets peuvent être perdus sur le fond. Ils deviennent alors des filets fantômes. S’ils sont perdus à de plus grandes profondeurs, ils peuvent continuer à pêcher pendant plusieurs mois voire plusieurs années.
Des cétacés (marsouins, dauphins, etc.) peuvent aussi être capturés par ces filets.

Le chalutage pélagique : C’est un filet remorqué qui évolue en pleine eau, entre la surface et le fond. Comme pour le chalutage de fond, il existe des chaluts pélagiques simples remorqués par un seul navire et des chaluts-bœufs tractés par deux chalutiers. Le chalut pélagique est, en général, beaucoup plus grand que le chalut de fond. Sa partie antérieure est faite de simples cordages ou de très grandes mailles, qui rabattent les bancs de poisson vers la partie postérieure du filet. Des dommages collatéraux peuvent avoir lieu (évidemment), notamment les cétacés qui peuvent être capturés.
Cette technique participe aux risques de surexploitation.

Le chalutage de fond : Les chaluts sont de grands filets de pêche coniques en forme d’entonnoir, remorqués soit par un navire (chalut simple) ou deux navires (chalut en bœuf). Un chalut peut faire jusqu’à 150 mètres de large pour les navires-usines et capturer 60 tonnes de poissons en 20 minutes. Les bateaux peuvent les traîner jusqu’à 3 heures et racler jusqu’à 1 500 m de profondeur et détruire les fonds marins.

D’après l’Ifremer, cette technique :

« manque de sélectivité. Dans la majorité des pêcheries, cet engin capture simultanément plusieurs espèces de dimensions et de morphologie différentes. Même s’il ne pénètre pas le sédiment, le chalut de fond détériore les habitats et les organismes posés sur le fond. »

Ifremer

Les sennes : Ce sont des filets rectangulaires utilisés en surface pour encercler des bancs de poissons. Les sennes tournantes peuvent dépasser une longueur d’un kilomètre pour une hauteur de 100 à 200 mètres. Le principe est d’encercler le banc de poissons préalablement détecté au sonar. A la fin de l’encerclement et pour éviter la fuite des poissons par le fond, le filet est fermé par le bas. Si les espèces capturées ne sont pas les bonnes et que la pêche est interrompue, la mortalité des poissons stressés, voire blessés, peut être élevée. Ce problème, baptisé en anglais « slipping », correspond en fait à une forme de rejet.

Sources : IfremerL’ExpressPavillon FranceFAO

Les poissons ressentent la douleur

Je ne vais pas m’étendre trop sur le sujet, vous pouvez lire mon article sur – Les poissons les grands oubliés des océans – pour entrer dans le détail mais il est important d’apporter un peu d’éclairage.

La pêche n’est régie pas aucune loi ou convention traitant du bien-être animal. Non seulement la capture des poissons peut aller de quelques heures à quelques jours en fonction de la technique de pêche mais en plus leur agonie est lente et douloureuse.

La plupart des poissons vont mourir écrasés par leurs compagnons de malheur, asphyxiés, parfois congelés ou éviscérés vivants. Les captures provoquent du stress et de nombreuses blessures. Une fois les poissons remontés sur les bateaux ils ne sont pas assommés et leur agonie peut durer de 25 minutes à 4h.

S’il faut encore le préciser, je vais le redire : Les poissons sont des êtres sensibles, qui ressentent la peur et la douleur. Ce sont aussi des êtres complexes et intelligents, dotés de mémoire à long terme, de mémoire spatiale et de mémoire des événements. Ils créent des liens sociaux et se reconnaissent entre eux, il existe une hiérarchie et ils apprennent les uns des autres.

Les espèces de poissons chasseurs peuvent d’ailleurs coopérer interespèce pour attraper leurs proies et faire preuve d’intelligence machiavélique.

Ils ne méritent pas le sort qu’on leur réserve et ils ne méritent pas qu’on les réduits à de la nourriture qu’on pèse en tonne, ce sont des individus que l’on massacre.

Il est urgent de réagir

D’après la communauté scientifique, 1/3 des stocks mondiaux de poisson est prélevé des océans à un rythme insoutenable. (source : Global fishing watch)

80 % des stocks de poisson pour lesquels on a des estimations, sont pleinement exploités ou surexploités. Un chiffre pour le moins inquiétant.

Les poissons ne sont pas présents dans les mers et rivières uniquement dans le but de finir dans nos assiettes. Ils ont un rôle dans l’écosystème dans lequel ils vivent et la dérégulation entraîne forcément des réactions en chaîne.

Les experts de l’Université de Kiel ont mené une étude sur la pêche et la désertification en cours des océans. Leur constat est que (seulement!) 3 espèces de poisson sur 54 ont un « stock » à la taille requise, permettant de reconstituer ou maintenir une population de poisson. La conclusion : Si on arrête tout de suite la surpêche, une pêche durable ne sera pas possible avant 2040… (source : planetoscope)

Comble de l’illogisme (et toujours d’après la FAO), chaque année 35% des poissons élevés ou pêché dans le monde sont perdus ou gaspillés.

Les océans absorbent la moitié du carbone présent dans l’atmosphère via les puits de carbone, grâce aux planctons, aux poissons, aux coraux et aux cétacés.. Les puits de carbones sont des entités qui permettent de piéger le CO2 et ainsi de limiter l’effet de serre. D’après une étude parue dans Science, les poissons contribueraient entre 3 et 15% à ces puits de carbones (certaines études disent plus). La surpêche et la surexploitation des ressources naturelles vont donc de paire avec le réchauffement climatique.

J’espère que cet article vous aura éclairé et permis de mieux comprendre les enjeux éthiques et climatiques liés à la pêche. Si vous voulez aller plus loin je vous propose une émission sur la surpêche diffusée par Arte.

Un commentaire sur “La (sur) pêche, des chiffres hallucinants et méconnus

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