Le militantisme au quotidien

Récemment j’ai eu une amie au téléphone, à la base c’était un appel de courte durée qui s’est transformé en deux heures passionnantes sur le militantisme au quotidien.

Nous sommes toutes deux très impliquées dans diverses causes qui nous tiennent à cœur, et avons rapidement été identifiées par notre entourage comme des militantes.

Un rôle pas forcément simple tous les jours parce qu’on est sans cesse challangé.e.s sur nos choix, nos connaissances et nos motivations.

Supporter les questions incessantes

Etant végétarienne, pas un repas en société ne se passe sans que l’on me demande le pourquoi du comment. Que je me sois faite toute discrète, ou que j’ai demandé spécifiquement un plat végétarien.

Alors je ne sais pas vous, mais je ne trouve pas cela facile d’avoir tout le temps l’impression de devoir se justifier. Cela va des questions plus ou moins indiscrètes, aux provocations; de la part de ma famille, de mes amis ou de parfaits inconnus.

  • Pourquoi es-tu végétarienne ?
  • Tu n’aimes pas la viande ?
  • Et le lion, tu vas lui dire de ne pas manger la gazelle dans la nature ?
  • C’est naturel de manger de la viande, on le fait depuis le début de l’humanité !
  • Regarde ce bout de saucisson, il ne te donne pas envie ? Allez mange !
  • Pourquoi tu te marginalises ?
  • Et les carences alors ?
  • De toute façon on les élève pour ça !

Bon, vous aurez compris, et vous avez sûrement été dans le même cas, mais cela n’est vraiment toujours simple à gérer.

J’ai pris l’exemple du végétarisme parce que l’alimentation est jugée comme sacrée et le fait que je ne fasse pas comme la « norme » (actuelle) est source d’interrogations. Tout militantisme en est la cible.

La réaction des autres est à la fois fatigante (et presque décevante : la négativité, parfois même les absurdités et les provocations), et une belle opportunité.

En effet, même si une cause nous tient à cœur, on n’a pas forcément envie de se la ramener tout le temps. Quand les autres nous ouvrent une porte, c’est l’occasion pour nous de nous y engouffrer. Les questions peuvent permettre d’ouvrir le débat et d’échanger les points de vue de chacun, ce qui peut être source de changement.

Mon petit conseil

Rester ouvert.e, essayer de répondre au maximum sans s’énerver (restez zen!) et s’avoir ironiser pour détendre une atmosphère parfois tendue. Par le dialogue et l’écoute on peut tous y gagner.

Surtout ne pas répondre quand on ne sait pas, et ne pas hésiter à rediriger les gens vers des sources fiables et chiffrées qui rassureront par leur légitimité. Nous ne sommes pas expert.e.s, nous sommes militant.e.s, et surtout humain.e.s nous avons le droit à l’erreur. Nous avons le droit de ne pas connaitre. Les personnes en face sont bousculées par nos discours, il faut garder la tête froide et faire de notre mieux pour défendre notre cause dans le respect de chacun.

Représenter la perfection à tous points de vue

Je ne sais pas vous, mais depuis que j’ai pris en main mon impact sur le monde qui m’entoure, j’ai l’impression que les autres ont des attentes irréalistes envers moi.

Au début de mon végétarisme, je mangeais encore du poisson. J’ai eu besoin de faire les choses par étapes, c’était mon rythme. Visiblement, les autres n’étaient pas du même avis. Je n’avais pas le droit de ne faire les choses qu’à moitié : si je ne mange plus de viande, je ne mange plus de poisson, c’est tout, sinon je ne suis pas logique.

Maintenant que je ne mange ni viande, ni poisson, je réduit petit à petit les produits laitiers (source de souffrances pour les animaux exploités). Encore une fois, que n’ai-je pas fais en n’arrêtant pas tout d’un coup !

Quand j’y pense, je trouve cela injuste parce que j’avance à mon rythme vers mes idéaux. Je fais de mon mieux pour la planète et pour les animaux en adoptant des habitudes alimentaires et de vie plus écologiques et éthiques. Comme on dit Rome ne s’est pas faite en un jour !

Mon analyse, c’est que mes actions bousculent mes proches, et que pour éviter de se remettre en question et de commencer à changer les choses, ils contre-attaquent en me montrant tous les illogismes de mes actions. Un mécanisme de fuite.

Je sais bien que je ne suis pas parfaite, et je ne le serais jamais, mais j’aspire à m’améliorer chaque jour et à avoir un mode de vie plus respectueux de ce(ux) qui m’entoure(nt). Si je peux inspirer le changement chez les autres j’en serais très contente mais je ne souhaite pas me positionner comme un model à suivre.

Mon petit conseil

Ne pas se formaliser de ce qu’on peut nous dire mais se remettre en question. Si on nous fait remarquer qu’il nous reste plein de choses à améliorer, c’est une vérité. Peut-être que sans s’en rendre compte on se la raconte un peu aussi, tout n’est pas de la faute des autres. Il faut rester humble et avancer chacun son rythme vers ses idéaux.

Etre frappé.e par le syndrome du messie

Je vais reprendre encore et toujours mon combat pour le bien-être animal comme exemple.

Les conditions d’élevage et d’abattage des animaux dits de rente sont horribles, mais cachées au maximum pour que le grand public continue à consommer sans se poser de questions. C’est surtout grâce à des associations de protection animale que le débat à pris place dans l’espace médiatique.

Le jour où j’ai enfin ouvert les yeux (le jour où j’ai réussi a vaincre cette saleté de dissonance cognitive), j’ai tout de suite eu envie d’ouvrir ceux de mon entourage.

Pourquoi ? Parce que j’ai eu l’impression que j’avais perdu trop de temps, tué trop d’animaux avant de m’en rendre compte. L’élevage intensif étant aussi lié à l’écologie, il y a urgence.

Je voulais aider mon entourage, les réveiller de ce sommeil, de cet état de semi-conscience dans lequel j’étais. Parce qu’une fois avertie, je me suis sentie bête, coupable, triste et dans l’incompréhension. Pourquoi je ne m’étais pas rendue compte de mes actes avant !

J’ai voulu les « sauver », leur éviter de continuer à « mal faire » et donc j’informais le maximum de gens de tout ce que j’avais appris en les pressant. Parce toutes les 10 secondes, 5 000 animaux terrestres et marins sont abattus, rien qu’en en France, et qu’il faut changer ça vite. Parce que chaque seconde la Terre s’étouffe un peu plus et qu’on n’a pas le temps d’attendre que ça devienne irréversible.

Sauf que, détail important, tout le monde n’est pas prêt à changer du jour au lendemain, à entendre et processer ce qu’on leur dit.

Pour que j’assimile ce que j’avais appris et que je change, il s’est passé de longs mois.

Certains change tout du jour au lendemain, certes, mais moi il m’a fallut du temps, que j’avance à mon rythme. C’est aussi le cas des gens autour de nous.

Souvent c’est source de conflit et notre entourage nous fait comprendre qu’on n’a pas le savoir absolu. On peut être qualifié de M. ou Mme Je sais tout.

Mon petit conseil

Chacun sa route, même si on a envie de tout changer tout de suite, que l’urgence climatique, les discriminations et la souffrance animale n’attendent pas.

Chacun son rythme, oui il faut bousculer les gens, oui il faut leur donner toutes les clefs pour changer, leur exposer les problématiques mais aussi et surtout les solutions pour évoluer. Mais une fois tous ces outils transmis il ne faut pas s’attendre à un changement immédiat. C’est un travail de longue halène. C’est à eux de se remettre en question.

Nous ne sommes pas le messie. Nous pouvons sensibiliser (nous devons sensibiliser), mais nous devons prendre en compte que nous aussi on a pu être sceptique, que nous aussi on a fait notre route pour en arriver là.

Il faut être tolérant.e, disponible et accessible.

Se questionner sur nos modes d’actions

Une fois sensiblisé.e à une cause, on veut tout changer : soi-même, son entourage, les autres, les institutions, le monde.

Ca fait un gros chantier mais on ne comprend pas pourquoi rien ne bouge et on se dit qu’il est temps.

Et c’est vrai, il faut changer les choses, on doit évoluer.

Je ne sais pas vous, mais de mon côté ça ne va pas à la vitesse souhaitée…

Alors oui, je sais bien que je ne vais pas changer le monde d’un coup, que les abattoirs ne fermeront pas leurs portes demain. Cependant je pensais pouvoir influencer, au moins mon entourage proche, de manière plus efficace.

Cela fait deux ans que je suis avec mon compagnon, nous vivons ensemble. Je lui cuisine des petits plats végétariens en donnant le meilleur de moi-même, je le sensibilise. Il connaît les chiffres, la souffrance des animaux, pourtant il n’est pas végétarien.

Amoureuse des animaux et de la nourriture, j’ai pris le parti de beaucoup cuisiner pour les autres pour leur montrer qu’une alimentation non issue d’animaux est possible. Mon objectif : ne pas culpabiliser les gens.

Je sensibilise sur la souffrance animale, j’informe sur les chiffres, je fais découvrir une autre cuisine, je donne des solutions concrètes et réalisables. J’ai toujours été tolérante et ouverte à la discussion.

Mais ce mode d’action et ses résultats ne sont pas à la hauteur de mes attentes. J’ai l’impression de ne pas faire avancer la cause que je défends, de ne pas être à la hauteur.

Est-ce que je devrais être plus « agressive », est-ce que je devrais montrer des images plus « percutantes » ?

Chacun se demande si sa technique de sensibilisation est la bonne. Je ne pense pas qu’il y ait de bonne ou de mauvaise technique. Je pense qu’il n’y a que des déclics. J’espère y contribuer.

Mon petit conseil

Ne jamais se décourager. Il faut toujours rester respectueux et se souvenir qu’avant notre déclic, on était comme eux. Il faut se souvenir du chemin qu’on a parcouru.

Lorsque l’on partage aux autres nos combats, qu’on les informe, on plante une graine.

Nous ne sommes pas inutiles, et même si on a l’impression qu’il y a un immobilisme ambiant alors qu’on veut provoquer une révolution, il faut continuer. Parce qu’on impacte les gens, même un peu, et c’est déjà ça.

Abandonner n’est pas une option, il faut rester motivé.e. N’hésitez pas à échanger avec d’autres militants pour partager vos astuces, vos victoires et vos difficultés.

Savoir qu’on ne sait rien

Quand on s’investit dans une cause, on cherche à en apprendre le maximum pour convaincre au mieux.

Plus on en apprend, plus on se rend compte qu’on ne connaît rien au sujet.

On se rend compte que le champ de connaissance est extrêmement vaste et que malgré les heures passées à décortiquer les sources d’informations, on ne pourra jamais tout savoir.

Savoir qu’on ne sait pas, est encore plus compliqué quand on est sans cesse challengé.e par ses proches.

Si tout au long de cet article je vous ai demandé d’être indulgents envers les autres, je vous demande ici d’être indulgents envers vous-même.

On ne pourra jamais tout connaître, surtout qu’un sujet en amène un autre, c’est infini.

Chaque connaissance acquise permet d’avancer. Si vous avez du mal à retenir les informations principales, n’hésitez pas à vous faire un document regroupant les informations les plus importantes ainsi que leurs sources.

Cet article arrive à sa fin, j’espère qu’il vous aidera à vous sentir moins seul.e.

N’hésitez pas à partager ici vos astuces, ou certains points que je n’aurais pas abordés. A vos claviers !

2 commentaires sur “Le militantisme au quotidien

  1. C’est toujours difficile de se rendre compte qu’on ne peut avancer qu’à petits pas, notamment en matière d’alimentation. Elle est tellement liée à l’affectif, est source de réconfort. Les saveurs auxquelles on a été habitué enfant sont dures à laisser de côté. Ce manque de radicalisme en agace certains.

    • C’est tout à fait ça. Mais les petits pas n’empêchent pas le changement. Il faut du temps pour lutter contre des habitudes bien ancrées

A vous de jouer, donnez votre avis, un conseil, une idée !

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