Les répercussions de l’élevage intensif

Les répercussions de l’élevage intensif

4 janvier 2019 0 Par Elodie Marziac

Il y a peu pour un travail d’école en macroéconomie nous avons dû, avec une camarade trouver un sujet et une problématique actuelle. Nous avons donc choisi l’impact de l’élevage intensif sur les hommes, les animaux, l’économie, l’écologie.

Voici le résultat de mes recherches.

Des milliards d’animaux tués

3 millions d’animaux tués chaque jour en France, plus de 60 milliards par an et dans le monde ; soit 294 millions de tonnes de viande.

Nous vivons dans une société où la population est segmentée et où les consommateurs partagent leur budget entre une consommation éthique et classique.

Au 1er janvier 2018, la population mondiale est estimée à 7,63 milliards d’habitants. En 25 ans la population mondiale a augmenté de 35 % ce qui pose de graves problèmes de gestion des ressources (d’après les signataires du manifeste « Avertissement à l’humanité »).

C’est-à-dire que chaque année la population mondiale grandit d’environ 89 millions de personnes, comme si on ajoutait l’équivalent de la population de l’Allemagne.

L’augmentation de la population pose une question simple : Comment nourrir tout le monde ?

La réponse pourrait paraitre évidente : Produire plus, plus vite, de manière plus efficace. Cependant cette nécessité de rendement engendre des dérives.

« Chaque fois que vous dépensez de l’argent vous votez pour le type de monde que vous voulez » – Anna Lape

Dénonciation du mode de consommation actuel et limites

L’élevage intensif

« On reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux » – Gandhi
Qu’est-ce que l’élevage intensif ?

L’élevage intensif est une forme d’élevage dont le but est le rendement maximum, c’est-à-dire augmenter le nombre d’animaux sur une exploitation. Il est caractérisé par l’utilisation d’espace réduits et souvent fermés et critiqué principalement sur le fait de la qualité du produit et aussi sur les conditions de vie des animaux.  

Souffrance animale et conditions d’élevage

En France, plus de 80% des animaux sont élevés en bâtiments fermés, parqués en cage ou sur des caillebotis sans accès à l’extérieur :

    • 83% des 800 millions de poulets de chair sont élevés sans accès à l’extérieur (CGAAER, 2014)
    • 68% des 47 millions de poules pondeuses sont élevées en batterie de cages (ITAVI, 2015)
    • 99% des 36 millions de lapins sont élevés en batterie de cages (ITAVI, 2006)
  • 95% des 25 millions de cochons sont élevés sur caillebotis en bâtiments

Sélectionnés pour être les plus productifs possibles ils sont modifiés génétiquement pour qu’ils s’engraissent plus vite ; quitte à ce qu’ils ne puissent plus marcher ou vivre « dignement ».

Par exemple les « poules pondeuses » et les « poulets de chair » sont différents, les poulets mâles « pondeurs » sont éliminés par broyage ou gazage.

La filière « foie gras » effectue aussi un sexage en début de vie, les femelles n’étant pas utilisées pour produire du foie gras en France.

Les poules pondeuses pondent aujourd’hui près de 300 œufs par an (Filières avicoles, 2015) contre une quinzaine lorsqu’elles vivent à l’état sauvage (HSUS, 2014). Les truies donnent naissance à 27 petits par an contre 16 en 1970 (IFIP, 2014).

Pour la production de lait, les vaches, brebis et chèvres sont généralement inséminées chaque année. Les petits auxquels elles donnent naissance leur sont rapidement enlevés. Ces séparations affectent aussi bien les jeunes que leurs mères.

Les truies sont entravées.

De plus ils sont mutilés pour éviter qu’ils se blessent à cause de l’espace trop restreint, ceci sert à les « adapter » à la surpopulation des élevages (Castration à vif, ablation de la queue, du bec ou des dents sans anesthésie, dé griffage des pattes des poules et canards…)

Cela provoque un taux de mortalité important (20% des porcs meurent avant l’abattage et 25% des lapins)

Face à cela de nombreuses associations animales se sont insurgés contre cette maltraitance et cette violence en partageant massivement des vidéos des différents abattoirs pour ouvrir les yeux des consommateurs. On y constate que la règlementation n’y est toujours pas respectée. Le fait que les établissements soient plus ou moins grands ne change pas la cruauté des pratiques ce qui ne rassure pas les consommateurs qui ne peuvent plus ignorer l’horreur de ces lieux et cela joue sur la consommation.

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L’impact écologique

Au-delà du constat édifiant de la souffrance animale, de la maltraitance flagrante ainsi que du non-respect des besoins physiologiques et comportementaux basiques des animaux l’élevage intensif soulève aussi un problème écologique.

En effet il serait responsable de la destruction d’environ 80% de la forêt amazonienne d’après Green Peace. Forêt qui est considérée rappelons-le comme le poumon du monde.

Pour nourrir ses animaux il faut produire de manière intensive aussi ce qui induit l’utilisation de produits chimiques et donc l’empoisonnement des terres, des nappes phréatiques et de l’eau. La contamination des sols est aussi provoquée par les déjections des animaux (nitrates).

Pour continuer sur la thématique de l’eau pour 1 steak il faut compter 4 500L d’eau d’après Arjen Horkes. Pour 1kg de viande de bœuf il faut 15 500 litres d’eau, ce constat édifiant nous mène à la conclusion que l’élevage est responsable de 8% de la consommation mondiale d’eau.

Enfin outre toutes ces formes de pollution on peut noter que cela émet 7 gigatonnes de CO2 chaque année soit 14.5% des gaz à effet de serre produit dans le monde par an

Consommation d'eau

Les répercussions sur la santé

Les conditions d’élevage des animaux conduisent les industries à utiliser des antibiotiques en masse. En 2009 un grand détaillant américain a reçu 13 000 tonnes d’antibiotiques soit 80% de ceux consommés dans le pays.

Ce sont souvent des antibiotiques préventifs pour que les animaux ne tombent pas malades dû aux conditions sanitaires déplorables des élevages.

Cependant notre corps réagit à ces médicaments, ce qui fait que nos antibiotiques ne fonctionnent plus de la même manière dû à l’accoutumance de certains produits.

Celui des animaux aussi ; les bactéries s’adaptent et 2014 en France, sur l’étude d’un échantillon de 100 pièces de poulet, ¼ contenait des bactéries Eschérichia coli et 64% de celles-ci étaient résistantes à nos médicaments.

Il faut aussi prendre en compte les dangers de l’excès de viande pour la santé ; en 2012 en France 42 000 personnes ont eu un cancer colorectal principalement à cause de la viande

A la Harvard Medical School, des scientifiques ont analysé les données de 120 000 personnes, hommes et femmes de 1980 à 2008.

Le constat a été que manger quotidienne de la viande rouge augmente le risque de mortalité de 13 %, de maladie cardiovasculaire de 18% et le risque de mortalité par cancer de 10%.

Si la viande est transformée (bacon, salami, saucisses…) les chiffres sont encore plus impressionnants avec une mortalité globale qui augmente de 20%, le risque de mourir de problèmes cardiaques de 21 % et le risque de mourir de cancer de 16 %.

En effet ce serait les graisses saturées et le sodium présents dans les viandes transformées qui provoque une augmentation de la tension artérielle

Le paradoxe de la faim dans le monde et de la surconsommation de viande

Alors que la viande est considérée comme un symbole de virilité et de richesse on constate que la consommation de viande dans les pays développés est plus importante que dans les pays en développement. Entre 1995 et 2005 la Chine passe d’environ 38 kg à 59 kg, le Mexique de 44 kg à 62 kg, alors que le Cameroun passe d’environ 12 à 13 kg, l’Indonésie de 9 à 10 kg. En France nous sommes à 88kg de viande/personne/an.

On constate donc qu’un facteur important lié à cette consommation est l’évolution de la richesse du pays (en termes collectifs) et le pouvoir d’achat des consommateurs (au niveau individuel). En effet on constate des disparités inter-pays mais aussi intra-pays. Tout le monde n’a pas le même pouvoir d’achat et ne peux pas forcément manger autant de viande et tout le monde ne peut pas s’acheter la même qualité de viande.

Près de 800 millions d’humains souffrent de malnutrition et 2/3 des terres agricoles dans le monde sont consacrées à l’élevage ou à la production, 75% des terres agricoles du globes pour nourrir les bêtes d’élevage alors que ces animaux ne fournissent que 8% des calories et 18% des protéines que nous mangeons. En effet 1kg de viande = 7kg de céréales.

Les ressources allouées à la production de viande (directement ou indirectement) sont celles qui sont indisponibles pour les personnes mourant de faim. Les céréales utilisées pour les animaux sont ceux qui ne sont pas disponibles pour les humains. La baisse de la production de viande permettrait par exemple de libérer des espaces pour cultiver d’autres choses.

Ne pas manger les animaux

Impact sur l’économie

Perte de confiance des consommateurs

Morgan et Hunt (1994) : « l’engagement et la confiance sont des variables-clé parce qu’elles encouragent les praticiens : à préserver les investissements relationnels en coopérant avec les partenaires, à résister à l’attraction d’alternatives de court terme en faveur des bénéfices existants, à long terme, de rester avec les partenaires en présence et à percevoir des actions potentiellement risquées comme prudentes, en raison de leur croyance dans le fait que leurs partenaires n’agiront pas de façon opportuniste. Bref, l’engagement et la confiance conduisent directement aux comportements de coopération, médiateurs du succès du marketing relationnel »

La confiance est donc une notion clef de la consommation et du marketing. Les différents scandales du secteur de la viande ont au fur et à mesure entamé la confiance des consommateurs dans ce secteur. On peut par exemple citer le scandale de la viande de cheval dans les plats préparés en 2013, dernier gros scandale en termes de viande, mais aussi la diffusion d’images choquantes dans certains abattoirs…

En termes de crise sanitaires il y a eu l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) ou vache folle en 1996 et 2000, fièvre aphteuse en 2001, grippe aviaire fin 2005.

Tout cela porte un coup à la consommation de viande et à tout le secteur agro-alimentaire de manière générale.

Les consommateurs ont besoin de confiance pour acheter, or lorsque l’on découvre que la viande n’a pas une traçabilité fiable, que parfois on ne mange pas le type de viande qu’on est censé manger ou que l’animal était malade ou à été horriblement traité la confiance s’effrite et la demande chute ce qui provoque un choc brutal sur la consommation. Ces chutes peuvent atteindre 20 à 30 % sur deux ou trois mois.

En fait une fracture s’est effectuée entre les croyances des consommateurs et la révélation des processus d’élevage et de fabrication, brisant la confiance de ces derniers. L’enquête Agro Marchés Internationaux (AMI)2 de 2001, montre que 68% des producteurs se déclarent pessimistes sur l’avenir de leur profession, la confiance des consommateurs étant la première difficulté pour 66% d’entre eux. Décaudin note que « les changements intervenus dans l’environnement de l’univers agroalimentaire au cours de la dernière décennie incitent le consommateur à rechercher une certaine sécurité »

Baisse de la consommation de viande et de la demande

Bien que les français consomment 89kg de viande environ par an et par personne (ce qui peut paraitre énorme en comparaison à certains pays comme vu précédemment) cette consommation est en chute. Cela a pour conséquence la diminution de la part des dépenses de viande dans les dépenses alimentaires des ménages. En effet elle était à 26 % en 1967 et à peu près stable jusqu’au début des année 90’, ce qui s’expliquait par la baisse du prix relatif des viande plus forte que l’augmentation de la consommation en volume. C’est descendu à 20 % en 2014 ce qui coïncide avec la stabilisation du prix relatif et la survenue des premières inquiétudes sanitaires de la filière.

Un des facteurs importants qui explique aussi cette baisse est le changement des modes de consommation. Avec les différentes évolutions structurelles notamment dans les modes de vie et les contraintes liées au temps et au travail les individus se tournent de plus en plus vers des viandes préparées au travers par exemple de plats préparés. On constate que ces derniers ont doublés entre 1960 et 2006 pour atteindre 40 % de leurs achats de viande et rattraper celle de la viande de boucherie qui a perdu pendant le même temps 20 points

Difficultés de la filière

Au-delà des problèmes d’image et des changements des modes de consommations la filière de la viande fait face à des difficultés économiques importantes.

Il faut aussi noter que les employés des abattoirs sont pour la plupart là parce qu’ils ne trouvent pas ailleurs et souffrent de troubles du sommeil, la drogue est un moyen courant pour eux de pouvoir continuer à travailler. Il y a donc une souffrance sociale importante.

« La souffrance animale est massive, mais la souffrance humaine est également massive« , témoigne le journaliste indépendant Geoffrey Le Guilcher.

Il dit : « Quand on est pris dans la cadence, si l’animal se débat, il rajoute de la pénibilité à un métier déjà pénible. On est dans un contexte où les animaux sont juste des ennemis, qui compliquent une tâche déjà inhumaine » ou encore « a 60 secondes pour dégraisser une vache (…) avant que la sonnerie annonce la prochaine carcasse ». Cela témoigne de l’horreur humaine et animale de ces lieux.

En trente ans, la moitié des exploitations ont disparu, les boucheries artisanales ferment, et du côté des abattoirs, seuls les plus gros résistent à cette crise structurelle.

D’après l’Insee, le revenu agricole moyen d’un exploitant français va baisser de 26 % en 2016. Pour appuyer cela la Mutualité sociale agricole, montre qu’un tiers des agriculteurs ont touché moins de 350 euros par mois en 2015 et au moins 51.000 exploitations ont eu un revenu inférieur à 4000 euros en 2015.

Sur les 80.000 exploitations agricoles spécialisées dans la viande bovine en France, un quart est « en état de quasi-faillite aujourd’hui » Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération nationale bovine

Comment expliquer cela ?

Tout d’abord par des prix d’achat trop bas, en dessous des coûts de revient, qui ne permettent pas aux agriculteurs de survivre. Ce qui provoque des fermetures des petites infrastructures où seuls les gros industriels s’en sortent grâce à des prix compétitifs.

Stéphane Le Foll fait état de 11.400 dossiers de demandes d’allégement des charges et au total ce sont 43.000 dossiers remplis.

Des coûts de vente si bas s’expliquent par la guerre des prix dans la grande distribution qui veut toujours plus pour toujours moins cher afin de proposer au consommateur final un coût le plus bas possible.

On peut aussi noter comme les problèmes conjoncturels comme l’empilement des normes, la multiplication des contrôles, les problèmes de surproduction, l’embargo russe sur l’agroalimentaire ou encore les maladies…

Age de votre viande

« Dans nos vieilles sociétés occidentales, nos envies et nos besoins de viandes ont saturé. Le niveau de vie a changé, et les gens ont les moyens d’acheter aujourd’hui d’autres produits alimentaires. Et puis, avec les différentes crises sanitaires, toutes les images négatives qui ont été diffusées ont marqué le consommateur. » René Laporte agroéconomiste et auteur en 2012 de La viande voit rouge.

Dans le futur, une éventuelle solution pourrait participer à résoudre ce paradoxe : fabriquer de la viande in-vitro sans toucher à un animal vivant. Ce n’est donc techniquement pas de la viande mais plutôt un morceau de muscle créé à base de cellules souches de myoblastes. Si l’on envisageait une commercialisation, il faudrait accroître les rendements des cultures de ces cellules grâce à un incubateur géant et améliorer la technologie pour lui redonner un meilleur rendu nutritionnel et sensoriel.

Cela permettrait de réduire de manière conséquente l’utilisation de terres agricoles et d’eau pour les animaux d’élevage et dans un même temps de cesser les maltraitances animales tout en ayant un meilleur contrôle des risques sanitaires.

Une piste à suivre…

Et vous, qu’en pensez-vous ? Donnez-nous votre avis.

Happyment vôtre ♥

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