Tilikum – La triste histoire de l’orque de Blackfish

Tilikum – La triste histoire de l’orque de Blackfish

21 septembre 2018 1 Par Elodie Marziac

Tilikum, l’orque qui s’est rebellée

L’orque Tilikum est morte vendredi 6 janvier 2017 à l’âge probable de 36 ans des suites d’une infection pulmonaire d’origine bactérienne au terme de trente-trois ans de captivité, dont vingt-cinq au parc SeaWorld d’Orlando. Cette orque mâle de près de 7 mètres et de plus de 5 tonnes à l’âge adulte avait été arrachée à sa famille au large des côtes islandaises en 1983. Tilikum était devenu tristement célèbre pour avoir tué trois personnes par noyades et fractures, dont sa dresseuse Dawn Brancheau en 2010, en pleine représentation et devant un parterre d’enfants.

L’Amérique est donc sous le choc au moment du drame de 2010 qui fait les gros titres de la presse nationale : comment cette attaque a-t-elle pu avoir lieu à Seaworld, où les animaux sont heureux et les soigneurs en sécurité, selon la pensée commune ? La victime, Dawn Brancheau, était la soigneuse la plus expérimentée du parc d’Orlando, et l’orque impliqué dans sa mort, Tilikum, le plus célèbre des cétacés : il entre en scène quelques minutes avant la fin des spectacles pour inonder les gradins lors du fameux « grand splash ».

Tilikum a été pêché de cette manière en 1983, en Islande. Après sa capture, il passe les premières années de sa vie dans un parc au Canada, raconte Blackfish, images d’archives et témoignages à l’appui. Les nuits, il est enfermé dans une « boîte en fer flottante » de six mètres de long et neuf mètres de profondeur, avec deux autres femelles. Durant cette période, il est régulièrement attaqué et blessé jusqu’au sang par ses deux congénères. A ce moment-là, l’orque a probablement pu développer une forme de psychose, note un expert interrogé dans le film. C’est dans ce parc que Tilikum fera sa première victime. Il tuera en tout trois fois pendant ses années de captivité.

L’enquête de Blackfish révèle que Tilikum a tiré la soigneuse par le bras alors que celle-ci se trouvait dans un endroit du bassin où elle avait pied. L’orque l’a ensuite entraînée au fond de l’eau. Lorsque le corps sans vie de la jeune femme de 40 ans a finalement été récupéré, il apparaissait qu’elle avait souffert de nombreuses fractures et contusions. Tilikum l’a littéralement « mutilée », réagit un ancien collègue de Dawn Brancheau.

Tilikum a ensuite continué d’exercer.

 

Le documentaire Blackfish

L’enquête sur la mort d’une soigneuse d’orques aux Etats-Unis en 2010 révèle le quotidien brutal de ces animaux intelligents inadaptés à la vie recluse.

Gabriela Cowperthwaite, réalisatrice de Blackfish, n’est pas une activiste. C’est d’abord en tant que mère de famille ayant emmené plusieurs fois ses enfants à Seaworld qu’elle se sent concernée par la tragédie, comme la plupart des Américains. « Je ne comprenais pas comment une soigneuse aussi expérimentée avait pu être tuée par un orque, dans un lieu comme Seaworld. J’ai commencé à enquêter et ce que j’ai découvert m’a profondément choquée », confie-t-elle.

Lorsqu’elle commence à « tirer les fils » de son enquête, elle découvre que les origines de l’attaque du 24 février sont profondément ancrées dans l’histoire de Tilikum en particulier et des orques en captivité en général. « Je me suis rapidement rendu compte que pour traiter cette histoire de la meilleure façon, je devais commencer par le début », explique-t-elle.

 L’histoire de Blackfish, du nom donné aux orques par les indiens d’Amérique qui pêchaient aux côtés des épaulards, remonte aux années 1970 et aux premières battues dans les eaux territoriales de Washington. Avant cette date, des orques avaient déjà été capturés, mais c’est la première fois que les animaux sauvages étaient destinés aux piscines de béton des parcs d’attractions.

 

Vendre du malheur en bocal

Au-delà des conditions de captivité monstrueuses des orques (mais l’on pourrait élargir à tous les animaux en cage) et que dénoncent les associations, c’est cette déformation que nous avons à nous attendrir devant la nature quand elle nous ressemble qui me pose problème. L’orque qui dit bonjour avec sa nageoire, l’éléphant qui donne la patte, le tigre qui marche sur deux pattes, le singe qui porte des fringues, le perroquet qui parle…  D’où nous vient cette tendance égotiste à admirer les bêtes, en particulier lorsqu’elles sont humanisées ? Et à les craindre lorsqu’elles nous défient (personne ne fait dire « coucou » à un requin ni à un crocodile) ?

Le principal argument des parcs aquatiques pour justifier la captivité des animaux est d’assurer qu’ils ont une vie meilleure dans leurs bassins, car ils bénéficient de très bons soins médicaux. Dans un communiqué rédigé en réaction à Blackfish et publié par CNN, Seaworld qualifie le documentaire d’« inexact » et de « trompeur », rappelant que le parc « est l’une des institutions zoologiques les plus respectées au monde » et « alloue des millions de dollars chaque année pour la conservation et la recherche scientifique ».

Or, en captivité, les communautés d’épaulards sont séparées et les individus mélangés. A l’état sauvage, les orques vivent en « familles » de vingt ou cinquante individus et parcourent des dizaines de kilomètres par jour. Chaque famille possède ses propres codes, son propre langage. Dans les bassins, les orques sont en proie aux agressions et ne peuvent nager nulle part. Les experts interrogés dans le documentaire sont unanimes : la captivité fabrique des animaux frustrés, qui s’ennuient et meurent jeunes. L’institution zoologique « la plus respectée au monde » n’est pas comparable à la liberté.

Au fur et à mesure qu’avance l’enquête, le documentaire semble hésiter entre deux arguments pour sensibiliser le public : d’un côté, la cruauté de l’homme, responsable conscient de souffrances atroces sur des animaux très intelligents, de l’autre, les risques élevés qui découlent de la captivité des orques. Depuis 1988, plus de cent attaques, dont quatre mortelles, ont été attribuées à des orques en captivité, selon les chiffres de Seaworld. Tilikum est impliqué dans trois d’entre elles.

 

Au-delà des épaulards, le film veut remettre en question l’industrie du divertissement animalier dans son ensemble. « Il ne s’agit pas que des baleines tueuses. Si nous sommes capables d’utiliser des animaux aussi intelligents pour l’industrie du divertissement, qui n’est régulée que par le profit, ça nous en apprend beaucoup sur la façon dont nous considérons les animaux et sur ce que nous sommes capables de faire par intérêt », affirme Tim Zimmermann.

 

 

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